Septembre 2018 - Et pourquoi pas une horloge de MIG soviétique ?

Merci à Arnaud Faverjon pour son aide et ses compétences concernant les avions de chasse soviétiques. Voir une photo beaucoup plus bas.

Consulter l'Histoire concernant ces chronographes...

Un chronographe de cockpit de MIG, avion de chasse soviétique.
Remontage manuel.
Équipait les avions MIG, Illyouchines IL-76, Sukhoi et certains hélicoptères.

 

Exemple d'un Mig 29

Le cockpit d'un Mig 29

Le Mikoyan-Gourevitch MIG-29 (code OTAN Fulcrum) est un avion de chasse soviétique développé au début des années 1970.

Chercher le chronographe :-)

Le modèle qui nous intéresse ici

Nous parlons ici d'un modèle de 1979 - une belle jeune fille qui a 40 ans...
Rappel : 1991 = “fin - écroulement” de l'Union Soviétique.
Un superbe objet de collectionneur qui est dans un état pratiquement neuf mais utilisé dans le cockpit d'un avion de chasse soviétique.

Données techniques

Tolérance de température = entre -25 et +50° C
Poids = 600 g
Largeur = 92 mm
Profondeur = 70 mm
Diamètre = 81 mm
Le chronographe devait pouvoir supporter une accélération de plusieurs g.

Voir le type sur la partie arrière

On pense lire : A4C - 1 alors que ce qui semble être un 4 est en fait un ч ("tche" en russe)

Soit АЧС -1 - ACHS -1 (en transcription latine)
AЧ pour : Авиационные часы = Horloge avion (aviatsionnié tchessié).

Les chronographes de Mig et Sukhoi sont radioactifs des années 30 aux années 60 (modèles ACHCH, ACHKH, ACHST). La teinture d'éléments du cadran comportaient du radium ou du thorium.

À partir des années 70 les modèles ne sont plus radioactifs (ACHS, ACHS-1). Il y a deux versions, peinture fluorescente (ACHS) et peinture pour lumière rouge (ACHS-1).
On peut les différencier sur le cadran au milieu à droite :

  • Lettre K : chiffres et aiguilles luminescents visible dans le noir
  • Lettre B : chiffres et aiguilles apparaissent grâce à une lumière rouge dans l'appareil

À noter le système pour enclipser l'horloge dans un bâti.

En bas, deux branchements possibles noir en 27 volts pour connecter un système électrique afin de désembuer le verre à l'avant. Il s'agit d'une résistance pour réchauffer la montre quand il fait très froid (il se mettait en marche automatiquement à -5°C et s'arrêtait à +25°C).
L'avance - retard = la grosse vis en haut à gauche avec + et -.
Les "plombs" (rouges). À ne surtout pas toucher. Ils donnent accès au démontage de l'horloge pour avoir accès à son mécanisme. Voir plus bas...

Le remontage

Il est mécanique.
On la remonte à l'aide du bouton de gauche (le rouge) en tournant dans le sens anti-horaire.

Attention : Le remontage a lieu à l'envers d'une horloge traditionnelle (comme chez Mamie) => il faut “dévisser” au lieu de “visser”.

Deux à trois jours de “réserve de fonctionnement”.
Cela est marqué sur le cadran central.
2 СУТОК (jours) - “soutok”

Le nombre à droite est le numéro de série.


Note

Deux ou trois jours de « réserve » peut sembler faible, mais il faut se rappeller qu'il s'agit d'un « chronographe de vol » et non pas d'une horloge dite « d'étagère » comme chez Mamie.
En début de vol, le pilote ajuste son chronographe (il suit la procédure...) en fonction des instructions du contrôle aérien de sa base.
Cette remarque est importante dans le sens où il faut remonter le chronographe assez régulièrement.

Manipulation

Trois cadrans

Le cadran principal

L'heure et les secondes.
On le remonte par le bouton rouge à gauche (dans le sens anti-horaire) => deux à trois jours de réserve de marche.

Le cadran du haut

ВРЕМЯ ПОЛЕТА - "Vremya Palyeta," => "Temps de vol."

Le cadran du bas

Un chrono "temps courts" au 6, sur 1 heure max - minute / seconde ou 30 minutes suivant le modèle.
CEK = Abréviation de СЕКУНДОМЕР (sekundomer) = CHRONOMÈTRE
Personnellement je l'attribuerais à un "temps de combat".

Ne pas oublier

Il s'agit du chronographe de cockpit d'un avion de chasse.
Le pilote a ainsi une combinaison de vol et des gants épais. Il est donc indispensable que la pièce soit manipulable de façon très pratique => deux boutons seulement à presser, à tourner ou à tirer.

Le bouton de droite

ПУСК (commencer – départ) - « pousk »

Un tour à droite (visser) pour arrêter définitivement l'horloge.
Démarrer (dévisser) pour la faire repartir.

Une première pression sur le bouton de droite
Le compteur de temps du bas se met en marche => une aiguille de secondes et une de minutes.
Compteur sur 1h, avec grande aiguille secondes centrale, dans cet ordre :
Départ - Arrêt - Remise à Zéro

  • Une pression sur le bouton = départ
  • Encore une pression = arrêt
  • Encore une pression = remise à zéro

Le bouton de gauche

Celui à gauche qui est rouge.
Remontage du chronographe
Attention il faut réaliser le remontage dans le sens inverse des aiguilles d'une montre => il faut « dévisser » le bouton.

Ajustage de l'heure du cadran principal :
Tirer le bouton de gauche et ajuster l'heure.

Pression sur le bouton rouge =  Actions sur le cadran du haut
ВРЕМЯ ПОЛЕТА - "Vremya Palyeta," => "Temps de vol."
En fonction de la pression sur le « bouton rouge »
Voir le « guichet carré » qui se trouve au dessus du 6 du cadran du haut :
Il est rouge quand ce compteur « tourne », il est jaune quand il est « arrêté » et à zéro, il est moitié rouge/jaune quand il est « suspendu » mais pas réplacé à zéro.

Première pression

Il permet de lancer le « temps de vol »
Guichet rouge  = c'est parti.

Deuxième pression

Il permet de placer le « temps de vol » en « mode suspendu ».
Guichet rouge et jaune = c'est arrêté.


Troisième pression

Il permet de reinitialier et d'arrêter le « temps de vol »
Guichet jaune = c'est réinitialisé.

Note

Utiliser en même temps les trois compteurs va évidemment solliciter le ressort de remontage et réduire le « temps de réserve » d'utilisation.
Dans la réalité, la "réserve de remontage" et sans trop solliciter les deux compteurs permet un fonctionnement sur 4 jours.


Fabrication

Molnia (ou Molnija) (en russe : Молния) est une marque de montres et d'horloges mécaniques russes basée à Tcheliabinsk. En russe, Molnia signifie « éclair ou foudre ».
Tcheliabinsk est située à l’est des monts Oural, à 192 km au sud de Iekaterinbourg, à 350 km à l’est d’Oufa, à 450 km au sud-est de Perm et à 1 500 km à l’est de Moscou.

La marque Molnia existe toujours et produit toujours des montres mécaniques et fournit notamment l'armée russe. La plupart des montres sont encore produites partiellement à la main
En savoir plus … https://fr.wikipedia.org/wiki/Molnia_(entreprise)


Description

L'emballage est d'origine. Il a été conservé après le démontage du chronographe du cockpit de l'avion.
À noter au dessus de l'horloge, le petit sac en plastique qui contient le passeport (ПАСПОРТ) de l'horloge – voir plus bas.

Le « passeport » de l'horloge

À partir des années 1930, en URSS, toute personne devait avoir sur elle son passeport intérieur (ПАСПОРТ – passport) qui permettait à la fois de l’identifier et de définir ses droits en matière de déplacement et de choix de lieu de résidence.
Cela était un des instruments essentiels du fonctionnement de la société soviétique.
Un chronographe d'aéronef disposait toujours aussi de son passeport. Il était maintenu avec son emballage d'origine qui était conservé soigneusement et cela pour connaître son passé dans la situation où il était nécessaire de le réutiliser comme pièce détachée pour un autre aéronef.

ПАСПОРТ, il donne une vraie valeur à l'horloge.

Il se trouve dans un “sac en plastique” dans l'emballage.
À manipuler avec beaucoup de précaution...

ТИПА = type
АЧС -1 - ACHS -1
N° de série: 82864 - b. Ce qui semble être un 6 est en fait un B = modèle АЧС -1 - ACHS -1 chiffres et aiguilles apparaissent grâce à une lumière rouge dans l'appareil.
AЧ pour : Авиационные часы = Horloge avion (aviatsnnié tchessié)
Дата выпуска = date de sortie (data vroubroska) : 23/10/1979

Il vient d'où ?

D'Odessa en Ukraine, sur les bords de la Mer Noire.

Combien ?

Ce n'est pas un secret, tout compris avec le port et la confiance avec mon correspondant local (marwen.yahyaoui@gmail.com). Je l'ai négociée 350 €.
Compter 400 € avec le ПАСПОРТ (passeport) et son emballage d'origine.
Il est possible d'en trouver pour la moitié voire le tiers ou le quart de ce prix, mais pas dans cet état et surtout pas la confiance s'il y a un souci.

Il va aller où maintenant ?

Destinée en cadeau pour les 30 ans d'un fils d'amis qui habite... en Chine.

1979, n° de série = 82864

D'autre photos en situation à venir...

J'avoue que je suis tombé aussi amoureux...

J'en ai désormais un moi aussi. 1978, n° de série = 43690

La voici en situation dans ma cuisine sur la hotte au dessus de ma plaque de cuisson.

Pour le côté cocasse...
Le "bâti cube" en bois de bambou est en fait un support de "balais de toilette" pour lequel le réceptacle en porcelaine du balais avait été cassé.
Je me servais du support en bois pour y placer des crayons dans mon bureau.
Il fait 90 mm en dimension intérieur et il a suffit d'écarter un peu les éléments de fixation de l'horloge pour que cela tienne.
Le passeport (ПАСПОРТ) est placé à l'intérieur pour référence et archive.
On trouve ce genre de "balais de toilette" avec support bois, dans les magasins de bricolage pour une vingtaine d'€


Le mécanisme

Ne pas chercher à savoir car, dans cette situation, il faut détruire les plombs à l'arrière et cela fait perdre une grande partie de la valeur de la pièce.
Mais voici néanmoins des photos que j'ai trouvées sur internet.


De l'Histoire...

En 1930, la firme suisse Jaeger-LeCoultre conçoit pour les avions la Chronoflight (ou Chronoflite), un chronographe proposant l'heure et des compteurs de temps écoulé.
Son mouvement a été le plus largement utilisé avant et durant la Seconde Guerre mondiale dans les avions de combat puis ensuite dans les avions civils.
Le temps écoulé correspondait ainsi à un temps de vol. L'horloge disposait aussi d'un compteur pour le temps de combat.
La bonne idée avait été aussi d'introduire, à l'arrière du boitier, un dispositif de branchement électrique pour un chauffage permettant d'éviter la buée sur la vitre devant le cadran.

Un chronographe Jaeger-LeCoultre Chronoflight

Les chronographes à mouvements Jaeger-LeCoultre ont été également utilisée dans les voitures de courses des années 30 à 50. La notion de temps de vol était ainsi remplacée par le temps de course.
Le principe a été aussi, par la suite, appliqué à des montres de plongée sous-marine comme la “Jaeger-LeCoultre Deep Sea Chronograph Cermet”. La notion de temps de vol était ainsi remplacée par le temps de plongée.

Mouvement Jaeger-LeCoultre

Entre 1932 et 1936, l'URSS s'est d'abord approvisionnée auprès de la maison Jaeger-LeCoultre en achetant directement des modèles Chronoflights pour - au final - 400 000 frs de l'époque. Il équipait notamment les Polikarpov I-16 Ishak – Ишак (âne ou petit mulet en français). Premier vol en 1933.
Le Polikarpov I-16 fut le premier avion militaire à être pourvu d'un train d'atterrissage entièrement escamotable, manœuvré manuellement par le pilote et à verrière fermée (du moins le premier modele Type 5), les modèles ultérieurs furent produits avec un simple pare-brise, les pilotes se plaignant de se sentir trop enfermés.

Polikarpov I-16

Durant la guerre d'Espagne (1936-1939), 276 exemplaires du Polikarpov I-16 équipèrent l'aviation républicaine. L'avion y était surnommé "Mosca" (mouche en espagnol), les nationalistes l'appelaient "Rata" (rat en espagnol).

Cockpit de Polikarpov I-16

À noter sur la photo précédente, les rajouts de plaques en anglais. Tout simplement parce que la photo provient d'un Polikarpov I-16 exposé dans un musée d'aviation anglo-saxon et les plaques sont des explications pour les visiteurs.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les horloges de bords Jaeger-LeCoultre ont été procurées aux Soviétiques par les États-Unis dans le cadre des accords de fourniture de matériel de guerre.

Après la guerre, la firme Molnia (ou Molnija) - Молния (éclair ou foudre en français) basée à Tcheliabinsk, en Sibérie occidentale - à 1500 km à l’est de Moscou et derrière les monts Oural, était chargée de la fourniture d’horloges pour l'aviation militaire.
Molnia copia alors, et cela sans aucune licence, le mouvement et le plaça dans les avions soviétiques jusqu’au MIG 15 (code OTAN Fagot et premier vol en 1947). Ce dernier aéronef sera très engagé durant la guerre de Corée (1950-1953).


Mikoyan-Gourevitch MIG-15 (code OTAN Fagot)


Cockpit de MIG-15
Cherchez le chronographe :-)

Les ingénieurs de la firme Molnia modifieront ensuite ce modèle de chronographe pour le compte de l'URSS, en particulier par la réduction du nombre de rubis.
Il a équipé notamment les avions MIG, Illyouchine, Sukhoi et certains hélicoptères.
L'entreprise Molnia existe toujours à Tcheliabinsk et produit encore des montres mécaniques et fournit notamment l'armée russe. La plupart de ses produits sont encore fabriqués partiellement à la main.

Les Soviétiques sont-ils des précurseurs ?

Absolument pas, car c'est la firme suisse Jaeger-LeCoultre qui a développé ce système dans les années 1930. Les Soviétiques se sont contentés de copier, d'adapter et de modifier les mouvements dans des contextes militaires et économiques durant les conflits armés depuis les années 1930 et la guerre froide en disposant d'ingénieurs très compétents.